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Un vaccin contre la carie par Katia Gagnon. la Presse du 24 septembre 2005 Commençons par une petite question quiz. Quel est le pourcentage d'adultes de 35 à 44 ans qui n'ont plus aucune dent en bouche? Votre réponse se situe probablement sous les cinq pour cent. Vous êtes loin de la réalité: en a995, date de la dernièreétude, 14% des gens de la génération de Patrick Huard et André Boisclairétaient totalementédentés. Et chez ceux qui gagnent moins de 25 000 $ par an, le pourcentage grimpait à 25 %. Le quart. Ce seul chiffre montre à quel point la santé dentaire des Québécois laisse à désirer. Il est temps de réagir. Pierre Bourque a raison, il faut fluorer l'eau de Montréal. Le cercle vicieux qui mène au dentier s'enclenche dès la petite enfance et part d'un comportement culturel : les populations défavorisées vont très peu chez le dentiste. Un enfant issu de milieu pauvre se rendra chez le dentiste lorsque ses dents lui feront si mal qu'il aura de la difficulté dormir. Son premier passage sur la chaise sera très désagréable. II ne voudra plus y retourner. Une fois adulte, il faudra lui arracher les dents. Depuis 1999, le taux de carie non traitée a augmenté de 35 % à Montréal. Les trois quant de la population se retrouvent chez ce quart de la population la plus pauvre. La carie, une «maladie» que nous ayons tendance à sous-estimer, est donc un très gros problème de santé publique, qui s'aggrave dans l'indifférence générale. Et il y a 40 % plus de dents cariées au Québec qu'en Ontario et auxétats-Unis. Pourquoi? La réponse tient en un mot: fluor. Ce produit chimique est l'équivalent, pour les jeunes enfants comme poux les adultes, d'un vaccin contre la carie. Les chiffres sont sanséquivoque : les enfants qui vivent dans des municipalités où l'on fluore l'eau, comme Dorval ou Québec, ont 40 à 71 % moins de caries que les petits Montréalais, qui boivent de l'eau non fluorée. Pourtant, à chaque foin qu'on a examiné la question, même si la fluoration est simple et ne coûte pas cher, les opposants à cette mesure ont gagné. Ils se déclinent en deux camps : les environnementalistes es ceux qui s'inquiètent des effets sur ta santé. Bien sûr, il faut faire preuve d'une très grande prudence avant d’ajouter un produit chimique dans l’eau de consommation. Mais dans le cas du fluor, les arguments des opposants ne font pas le poids. Réglons d'abord le cas de l'innocuité. L'Organisation mondiale de la santé et les Centers for Disease Control américains, des organismes entièrement crédibles,élisent la fluoration de l'eau au rang des dix innovations scientifiques qui ont le plus contribué à l'amélioration de la santé publique. Au cours des 70 dernières années, 27 000 articles de recherche m’a démontré l'efficacité et l'innocuité de la fluoration. Au taux suggéré, l'équivalent d'une demi-goutte d'eau dans un bain rempli d'eau, le seul effet secondaire du fluor est, parfois, de faire apparaître de toutes petites taches blanches sur les dents. Pourrait-on administrer le fluor sous d'autre formes? Oui. Sel, lait, dentifrice, tout cela peut être fluoré. Mais l'eau demeure la meilleure méthode, car, peur être efficace, le fluor doit être pris en petite quantité, quotidiennement. L'argumentation des environnementalistes n'est pat plus convaincante. Dans deuxétudes, produites en 1989 et en 1996, un professeur de génie environnemental, Ronald Gebr, a jugé que les effets de ces rejets de fluor sur la faune et la flore du St-Laurent seraient minimes. Le fluor se retrouve déjà dans note eau potable à l’état naturel, Et les alumineries en rejettent déjà dans certains tronçons du fleuve, dans une proportion beaucoup plusélevée. A-t'on mesuré, depuis trente ans, des problèmes dus à ces rejets? Non. On l'a vu dans le passé, Pierre Bourque a l'art de se faire remarquer. En réactivant le débat sur la fluoration, il a encore frappé. Mais pour une fois, ce coup publicitaire est parfaitement justifié. |