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Une grande erreur scientifico-médicale
Mireille Guay Il fallait bien qu'on nous la ramène un jour, l'idée fausse voulant que le fluorure protège contre la carie dentaire! L'effet protecteur est plutôt le fait du strontium ou du manganèse, deux ions qui accompagnaient le fluorure dans les eaux de villes américaines, étudiées vers 1936. C'est ce que j'avais affirmé en 1988 aux audiences publiques sur la fluoration de l'eau potable de la Ville de Montréal. Joseph Biello, alors commissaire et conseiller municipal, avait souligné que j'étais une des rares personnes à tenir des propos mesurés. Pour être mesurés, mes propos n'en étaient pas moins fermes. La fluoration de l'eau potable est l'une des plus belles erreurs scientifico-médicales du siècle dernier; elle est exemplaire pour comprendre comment des idées fausses s'installent, se propagent et se perpétuent. Les personnes qui désirent lire un résumé du processus peuvent consulter mon livre Chimie générale et organique (Décarie Éditeur, pages 159 à 161).En 1988, j'étais contre la fluoration de l'eau potable pour au moins trois raisons. La première est que le fluorure est nocif pour les insuffisants rénaux, les diabétiques et les personnes dont au moins une enzyme de la glycolyse est moins performante que la normale. Une ville qui fluorerait l'eau aurait donc à installer des adoucisseurs d'eau chez toutes ces personnes; elle devrait aussi avertir les gens de passage que l'eau est fluorée. La deuxième raison, et non la moindre, est que le fluorure n'est pas la substance qui protège contre la carie; comme je l'ai mentionné, ce sont des ions, présents à l'état de trace et non dosés en 1936 faute de moyens techniques. La troisième raison est qu'un excès de fluorure abîme les dents, rend les os plus durs mais cassants et perturbe les grandes voies métaboliques et la biosynthèse du tissu conjonctif. On ne s'improvise pas scientifique J'ai commencé ce travail de moine avec l'opinion commune voulant que le fluorure protégeait les dents; il m'apparaissait simplement dangereux de donner du fluorure à chacun et en tout temps, en l'ajoutant à l'eau. À la fin de ma recherche bibliographique, je pouvais affirmer que le fluorure peut au mieux tuer les bactéries de la bouche quand il est appliqué localement et qu'en ajouter à l'eau potable est une ineptie. [...] Je donne ici quelques exemples de ce que j'ai découvert comme oublis, erreurs et autres fautes en faisant ma recherche. - Deux villes du Japon avaient fluoré leur eau. Le taux de caries est devenu plus élevé dans la ville dont l'eau était fluorée que dans l'autre. Cette donnée scientifique n'est jamais rapportée dans les livres publiés sous l'égide de l'OMS ni dans les autres rapports prônant la fluoration. - H. T. Dean, qui, le premier, déclara que le fluorure protège les dents contre la carie, a reconnu dans des audiences publiques que certaines de ses données n'étaient pas statistiquement fiables. Cette information n'est jamais mentionnée dans les rapports favorisant la fluoration de l'eau. - Une étude comparative a été faite entre les villes de Richmond et de Windsor, en Estrie. Les auteurs ne se sont pas demandé quelle eau buvaient les résidants. Or les gens de Windsor avaient coutume d'aller chercher de l'eau à une source proche, et beaucoup ne buvaient pas l'eau de l'aqueduc. - Aucun rapport (en 1988) favorisant la fluoration de l'eau ne tenait compte de découvertes scientifiques sérieuses et récentes : fluorose en cas d'insuffisance rénale, perturbation par le fluorure de la biosynthèse du tissu conjonctif, augmentation de la teneur en fluorure des aliments à la suite de l'usage immodéré d'engrais chimiques, nouvelles analyses de l'eau de villes américaines et néo-zélandaises établissant une corrélation entre le strontium ou le manganèse et la protection des dents. Pauvreté d'abord Au cours de leur formation, les scientifiques apprennent à reconnaître leurs erreurs, à les analyser et à s'en servir pour faire progresser leur champ de recherche. Cet apprentissage n'est pas facile car il faut écraser une infantile vanité avant d'acquérir l'orgueil de dire «j'ai fait de la bonne science». Je doute que les dentistes aient beaucoup appris à dire «je me suis trompé» au cours de leur formation. Je doute aussi que leur statut professionnel leur donne l'occasion de le faire par la suite. Par conséquent, après 1988, je ne m'attendais pas à ce que l'Ordre des dentistes reconnaisse la validité de mes arguments. Toutefois, on a progressivement appliqué du fluorure de strontium, plutôt que du fluorure de sodium ou de calcium, sur les dents des enfants. Cette modeste victoire me suffisait tant qu'on ne parlait plus de fluoration de l'eau potable. Mais qu'on remette sur le tapis cette mesure en sachant que les caries actuelles sont le fait de la pauvreté et de la mauvaise alimentation qui l'accompagne, voilà qui me fait bondir ! La nutrition àtant une science à la remorque des autres sciences (biochimie, physiologie, techniques d'analyse), il y a plus de risque dans ce domaine de sauter rapidement à des conclusions erronées. On ne devrait se frotter à ce domaine qu'avec un bagage scientifique à la fois large et spécialisé, un esprit critique aiguisé et, plus que tout, un solide bon sens. Comment peut-on en 2005 oser prétendre que donner la même chose à tout le monde par le truchement de l'eau potable sera bénéfique à chacun alors que les individus sont si différents. Il est désolant de constater que, trop souvent, les personnes instruites oublient que le bon sens est la partie la plus importante de l'intelligence humaine; une science sans bon sens n'est pas de la science. |
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Québec produira plus d'eau fluorée Jeanne Corriveau La Ville avait d'abord songé à mettre un terme à la fluoration. A la suite d'inquiétudes exprimées par un groupe de citoyens au sujet de la fluoration de l'eau à Québec - où la -moitié des résidants ont accès à une eau fluorée -, le comité exécutif de la Ville avait convenu l'an dernier de mettre fin au programme de fluoration en vigueur depuis 1972 dans l'ancienne ville de Québec. C'est un avis recommandant de poursuivre la fluoration, émis par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, qui a incité les élus à faire volteface. Ils entendent maintenant profiter de la mise aux normes de l'usine de traitement de Beauport ainsi que de la construction d'une nouvelle usine à Charlesbourg, au coût de 2 millions de dollars pour installer des systèmes de filtration. Le nombre de citoyens recevant de l'eau fluorée passerait donc de 240 000 à 380 000. Cette décision ne sourit guère à la conseillère Ann Bourget, qui aurait souhaité qu'on mette fin une fois pour toutes à la fluoration car elle considère cette mesure comme une forme de médication imposée aux citoyens. " Il faudrait qu'on fasse le débat au Québec et non pas uniquement au conseil municipal. On ne remet pas en question l'importance du fluor pour combattre la carie, mais on s'interroge sur la pertinence de l'ajouter à l'eau", explique-t-elle. Pour l'instant toutefois, on maintient le cap, et le prochain conseil municipal devra trancher, ajoute-telle. À l'usine de traitement de l'eau de Sainte-Thérèse, qui dessert les municipalités de Sainte-Thérèse, Boisbriand, Blainville et Saint-Janvier-de-Mirabel, un bris d'équipement du système de fluoration survenu en 2002 a servi de prétexte pour cesser la fluoration de l'eau, implantée dans les années 80. "Le fluor est bon pour les dents, mais la fluoration n'est pas la bonne méthode. Le fluor est un acide et, à l'état sec, il est utilisé comme un poison à rats", explique Yves Lanthier, coordonnateur de l'usine, qui estime justifiées les inquiétudes liées au rejet des eaux usées chargées de fluor dans les cours d'eau. La Ville de Laval a elle aussi abandonné la fluoration il y a plus de dix ans, notamment à cause des doutes en ce qui concerne le dosage du fluor et le rejet d'eaux usées dans l'environnement. À Montréal Du côté de Montréal, l'administration de Gérald Tremblay a pris note des arguments soulevés par la Coalition pour des dents en santé de Montréal, qui cherche depuis un an à inciter la Ville à procéder à la fluoration de son eau potable. "On ne peut pas traiter un dossier de cette nature, qui touche 1,8 million de personnes à Montréal, d'une façon simpliste, comme le font certains individus", indique le responsable du développement durable au comité exécutif, Alan DeSousa, en faisant référence à l'engagement de Pierre Bourque de fluorer l'eau. |
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Indispensable... fluor ? par Josée Boileau, Le Devoir. En promettant, s'il est élu, de procéder immédiatement à la fluoration de l'eau de Montréal, Pierre Bourque a remis à l'avant-scène un débat dont on sous-estime la charge émotive tout simplement parce que la science n'a toujours pas, en dépit des prétentions des protagonistes, d'arguments définitifs pour le trancher. Ce débat a d'ailleurs cours dans les quelques villes du Québec qui utilisent le procédé, certaines, comme à Québec, souhaitant étendre la fluoration alors que d'autres, comme SainteThérèse, s'en sont retirées et s'inquiètent maintenant des velléités montréalaises. Le sujet semble pourtant facile à régler tant le lien de cause à effet, a priori, saute aux yeux. Dès que l'eau est fluorée, le taux de caries dentaires chute de façon spectaculaire. Or la carie, à Montréal comme à travers le monde, est un des principaux problèmes de santé publique. Mais les milieux qui en souffrent le plus répondent à une caractéristique: ils sont pauvres. Or des études en provenance des Etats-Unis - le pays qui a lancé la fluoration en 1945 et où les deux tiers de la population boit de l'eau fluorée - font voir que les Etats qui ont le plus recours au procédé ne sont pas ceux qui ont les plus bas taux de caries. Eau fluorée ou pas, c'est plutôt la pauvreté qui est le meilleur indicateur de la santé dentaire d'une population donnée. Le problème, c'est que les pauvres, faute de moyens, n'ont pas accès aux dentistes et que les campagnes de santé publique les rejoignent peu. Au Québec même, il y a plus de 20 ans que les services liés à la prévention en matière dentaire - ce qui comprend le nettoyage et l'application de fluor - ont été désassurés. Et jamais il n'est question de redonner à tout le monde ces soins élémentaires. S'ajoute par ailleurs un enjeu qui n'existait pas il y a 60 ans: la conscience environnementale, dont l'impact ne peut plus être ignoré dans les débats de ce genre. Mais les effets de la fluoration suscitent des discours si contradictoires que le simple citoyen en est déconcerté. Dans le cas du fluor, le dossier a évolué depuis ses origines: on peut maintenant en trouver dans les dentifrices, la nourriture, des suppléments. Ces solutions, plus ciblées, ont-elles été vraiment expérimentées auprès des populations à risque? Peut-on les écarter du revers de la main en concluant de manière péremptoire que la fluoration de l'eau est la solution la plus efficace, surtout quand la rumeur souligne l'intérêt des producteurs d'aluminium dans le dossier, eux qui sont les principales sources de rejet de fluor dans l'environnement? |