Cinq mille enfants souffrent de déformations osseuses après avoir bu une eau contenant des doses excessives de fluor.
Le plus haut tribunal du Niger devra décider d' ici peu si le gouvernement est responsable de l'intoxication au fluor de près de 5 000 enfants. Jambes et dos arqués, tête disproportionnée par rapport au corps, os fragilisés, dents rougeâtres et friables: les déformations osseuses chez les enfantsétaient déjà signalées en grand nombre par les médecins en 1997. A Niarney, la capitale, l'Association nigérienne des droits de l'homme se bat depuis six ans pour que les familles des victimes obtiennent justice. Elles demandent près d'un trillion de dollars canadiens en dédommagemetrt.
La catastrophe attraitété causée par la présence naturelle d'une quantité excessive de fluor dans l'eau potable. Un an après que les spécialistes eurent commencé à observer des cas en quantité, un premier rapport interne de la Société nationale des eaux constatait, dans la nappe phréatique qui alimente Tibirt, à 600 kilt de la capitale, un taux de fluorure de deux à trois fois plusélevé que le maximum recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (moins de 1,5 nig par litre d'eau). Selon une enquête menée en avril 2001 par le centre de santé de Tibiri, 4 918 garçons et filles auraientété victimes de cette insouciance gouvernementale quant au choix du lieu de forage pour alimenter les puits de la région.
Mais il y a pis. La consommation d'eau contaminée aurait créé une déformation du bassin, qui rend impossible tout accouchement. Ainsi, les jeunes filles atteintes qui sont aujourd'hui en âge d'être mères ne peuvent donner la vie. Ce n'est donc pas une, mais deux générations entières qui seront sacrifiées. Le procès devrait débuter d'ici un an.
L.L.
Plus de 400 enfants rendus handicapés par la faute de la SNE
L’Association Nigérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (ANDDH) a animé un point de presse, le samedi 23 décembre 2000, sur l’intoxication de plus de 400 enfants à Tibiri (Maradi), suite à la consommation de l’eau fournie par la Société nationale des eaux (SNE) aux habitants de cette localité.
Face aux journalistes venus nombreux, le Président de l’ANDDH, M. Khalid Ikhiri, a révélé le caractère nocif de l’eau consommée par les populations de Tibiri et son impact sur la santé humaine, surtout celle des plus jeunes enfants (déformation de squelettes, déformation et fragilisation de l’os du crâne et des dents). En effet, la consommation de l’eau fournie par la SNE dans cette localité provoque une terrible maladie identifiée sous le nom de Fluorose osteo-dentaire. Elle est due au taux très élevé de fluor contenu dans le site qu’exploite cette société à Tibiri. La teneur de cette eau en fluor est de l’ordre de 4,77 à 6,6 mg/l contre 1,5 mg/l préconisé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). «L’intoxication aux fluorures est fatale», selon Khalid Ikhiri. Elle entraîne la déformation des membres inférieurs et rend l’enfant complètement infirme. Elle fragilise l’os du crâne, noircit et détruit les dents. L’enfant ainsi atteint, est condamné à rester invalide jusqu’à la fin de ses jours. Il est exclu de fait des jeux et activités de ceux de son âge. Tout geste provoque chez lui des douleurs atroces. Le moindre déplacement sans aide lui est impossible.
Les origines de ce drame silencieux qui frappe sans pitié les enfants de Tibiri remontent aux années 1984-1985, date de l’installation de la première adduction d’eau dans la commune de Tibiri. Le début de l’opération de cette installation a été assuré par la Nigelec (Société nigérienne d’électricité) avant que celle-ci ne se scinde en deux sociétés pour céder exclusivement les activités de fourniture d’eau à sa dérivée, la SNE. Après dix ans de fourniture d’eau par la SNE, il a été constaté dans la commune de Tibiri l’apparition de quelques cas d’infirmité au niveau des enfants. Compte tenu de la persistance du phénomène, notamment chez ceux de la tranche d’âge de 15 mois à 13 ans, un projet de recherches opérationnelles sur le rachitisme a vu le jour, en 1996, à l’initiative des services de pédiatrie et de santé familiale de Maradi.
Les examens cliniques et para-cliniques effectués sur les différents patients confirment le caractère réel des déformations constatées chez les enfants. Il fallait en chercher la cause. Analyse de complaisance ?
C’est ainsi que deux laboratoires (la direction départementale de l’hydraulique et de l’environnement de Maradi et l’ANSPEX de Niamey) ont été commis, le 13 janvier 1998, pour effectuer des analyses de l’eau, afin de juger de sa qualité et de son impact sur la santé des populations. Au terme des analyses effectuées par les deux laboratoires, «il n’apparaît aucune anomalie susceptible d’expliquer l’infirmité des enfants». A la surprise générale, au cours de la même année, d’autres analyses effectuées sur l’adduction d’eau révéleront la présence de fluorure.
Les résultats de ces analyses ont démontré une teneur en fluor 3 à 4 fois supérieure aux normes préconisées par l’OMS. Le pourcentage de fluor contenu dans l’eau des puits de la localité était aussi dans les normes préconisées par l’OMS à l’exception du seul puits situé dans le bas-fond où le taux est légèrement élevé. Les deux dernières analyses concluent formellement que le taux de fluorure contenue dans l’eau fournie à partir du château d’eau est de l’ordre de 6,05 mg/l alors que l’OMS fixe les normes à 1,5 mg/l. Ces résultats ont également été confirmés par les travaux de thèse de doctorat soutenue par le Docteur Koini Moussa, en octobre 2000.
De l’avis de ce jeune médecin, la consommation du fluor entraîne une déformation osseuse grave (jambes arquées, jambes sabres, raideurs et ankylose, génu-valgum). La consommation de l’eau infectée a aussi des conséquences sur la santé de la mère. Les jeunes filles en âge de procréer présenteront des dystocies lors des accouchements, d’où le recours obligatoire à la césarienne. Cette situation préoccupante, interpelle tous les citoyens nigériens, sans exception.
Justice doit être rendue à ces nombreuses victimes innocentes dont la liste n’est pas encore close, tant de nouveaux cas d’infirmité sont chaque jours révélés. L’inquiétude des mères n’a d’égale que leur déception face à la démission des pouvoirs publics. Comble de malheur, pour toute solution, la SNE n’a trouvé mieux que de réduire le taux de fluorure par un mélange d’eau potable avec l’eau toxique du «château maudit». La légèreté avec laquelle des vies humaines sont en train d’être exposées au danger nécessite des poursuites judiciaires contre toute partie impliquée dans ce drame. La direction départementale de l’hydraulique et de l’environnement de Maradi et l’ANSPEX Niamey dont les analyses n’ont rien révélé portent une lourde responsabilité dans cette situation. Surtout dans un pays comme le Niger qui connaît déjà un taux de mortalité infanto-juvénile des plus élevés du monde (274 pour mille en 1998).
Suite à ce point de presse, l’ANDDH s’est engagée à appuyer les parents et/ou tuteurs des enfants victimes pour porter plainte auprès des juridictions compétentes. A cet effet, selon Khalid Ikhiri, un cabinet d’avocats a déjà été saisi par son association et des formulaires appropriés ont été remis aux parents des victimes.
Dans le cadre du processus de privatisation de la SNE, les pouvoirs publics doivent selon l’ANDDH faire en sorte que ce préjudice soit pris en compte dans le passif de la société en liquidation, afin que les victimes soient dédommagés. Un appel a été lancé à la communauté nationale et internationale pour que la situation qui prévaut à Tibiri ne soit pas un autre cas d’impunité.
Cissé Souleymane Mahamane