La fluoration de l’eau potable refait surface

(version commentée par Nenki)

Journal Le Plateau, Montréal
Yannick Pinel, pinely@transcontinental.ca
Article mis en ligne le: 19.08.2005
SOURCE: www.leplateau.com

Montréal est la seule grande ville nord-américaine qui n’ajoute pas de fluor dans son eau potable. Elle est aussi l’unique métropole où le nombre de caries est en augmentation. Coïncidence? La Coalition de Montréal pour des dents en santé jure que non.

Appuyée par 1000 membres et une vingtaine d’organismes, parmi lesquels le ministère de la Santé et des Services sociaux, la Direction de la Santé publique de Montréal, l’Association des pédiatres du Québec et l’Ordre des dentistes du Québec, la Coalition de Montréal pour des dents en santé fait campagne dans le but d’amener la Ville de Montréal à procéder à la fluoration de son H2O. L’organisme est animé par un sentiment d’urgence face aux ravages que font les caries chez les enfants.

Les chiffres publiés par la Coalition font grincer des dents. Dans Hochelaga-Maisonneuve, 38 % des enfants de maternelle ont des caries (14 par bouche en moyenne). Ce quartier populaire occupe la troisième place d’un palmarès montréalais peu flatteur qui couronne Côte-des-Neiges (47 %) et Pointe Saint-Charles (42 %) grands champions de la carie. On peut dire sans se tromper que, plus pauvre est le quartier, plus cariés sont ses enfants.

Avis auxéternels sceptiques, cetteétude, menée par les hygiénistes dentaires des CLSC, est dépourvue de marge d’erreur. «Tous les enfants ontété vus», clame la docteure Stéphane Schwartz, présidente de la Coalition et dentiste pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour Enfants.

Mieux vaut prévenir que guérir... la Coalition de Montréal pour des dents en santé connaît la maxime. D’ailleurs, nombreuses ontété ses campagnes de prévention. Mais, il y a un hic. «Il est difficile de changer les habitudes hygiéniques et alimentaires des enfants, surtout ceux des quartiers défavorisés», avoue la Dre Schwartz.

Pour atténuer cette crise de santé dentaire, présentement à son paroxysme, une seule solution s’impose au dire de la Coalition. «La fluoration de l’eau est reconnue comme une mesure préventive, efficace, simple, sans danger pour la santé et l’environnement qui peut réduire de 30 à 40 % le taux de carie dentaire, et ce, d’ici quelques années seulement», indique Mme Schwartz. Celle-ci est convaincue des bienfaits de l’eau fluorée: «La fluoration de l’eau aété jugée par l’Organisation mondiale de la Santé commeétant l’une des dix meilleures mesures de santé des 50 dernières années.»

Une dent contre la Ville de Montréal
La Coalition aurait bien aimé s’entretenir avec le maire de Montréal, Gérald Tremblay, mais ce dernier refuse de causer avec les défenseurs de la fluoration. Le responsable de la gestion de l’eau à la Ville, Alan DeSousa, est le porte-étendard de la Ville dans ce dossier. Ses réponses sont loin de satisfaire la Coalition. «M. DeSousa est parfaitement au courant du problème. Il a toutes les données entre les mains. Mais, il refuse de bouger. Pourquoi? Est-ce par immobilisme ou par inconscience? Je ne sais pas», soupire la Dre Schwartz.

La dentiste pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour Enfants ne comprend pas pourquoi la Ville est si «entêtée»: «Ce refus d’agir de la part de M. DeSousa est d’autant plus inacceptable que la Ville de Montréal vient de recevoir du ministère de la Santé deux chèques totalisant 185 000 $ couvrant les frais liés au renouvellement deséquipements de fluoration des usines de traitement de l’eau de Pointe-Claire et Dorval. En tout, c’est 845 000 $ que la Ville de Montréal recevra sous peu du ministère pour leséquipements de fluoration de l’Ouest de l’île. Or nos chiffres démontrent qu’à Dorval ce n’est que 8 % des enfants qui entrent en maternelle avec de la carie alors que dans l’Est de la ville, c’est un enfant sur trois, voire sur deux, qui souffre d’une mauvaise santé dentaire. Pourquoi les enfants de l’Ouest ont droit à cette mesureéprouvée de prévention des caries dentaires et pas ceux de l’Est? Y a-t-il deux classes de citoyens sur l’île de Montréal?»

Fluoration: une surcharge de travail pour les fonctionnaires
Selon la Coalition, la Ville n’a aucune excuse justifiant la non-fluoration de l’eau. «Ça ne coûterait rien à la Ville. La loi prévoit que c’est le ministère de la Santé et des Services sociaux qui assumera tous les coûts de la fluoration», rappelle Mme Schwartz.

Et si le fluor polluait l’environnement? «Le fluor est un oligo-élément présent dans la nature. Une foule d’études ont démontré l’innocuité de la fluoration de l’eau sur l’environnement», rétorque la docteure, qui croit que «seules des intérêts corporatistes peuvent expliquer la position de la Ville dans ce dossier».

«Il ne fait aucun doute que la fluoration vient alourdir la tâche du technicien en assainissement des eaux. C’est à ce niveau-là que se situe parfois l’opposition de ces travailleurs. C’est une question pour eux, de conditions de travail et non de santé publique ou de service à la communauté. L’utilisation deséquipements de fluoration de l’eau potable implique naturellement une formation particulière pour les techniciens de l’eau», peut-on lire dans un document d’information rédigé par la Coalition.

L’organisme prie les techniciens d’écouter leur conscience: «En ajoutant du fluorure dans l’eau potable, ils font plus pour la santé dentaire de leur communauté que tous les dentistes réunis tout au long de leur carrière.»

«Fluorer l’eauéquivaut à vacciner les enfants contre la carie», conclut la présidente de la Coalition.

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